Il y avait bien eu une suédoise aux cheveux bruns, qui contait les détails de son petit village près de Göteborg, comme si elle venait de le quitter quelques minutes plus tôt seulement.

Ses yeux marrons brillaient à la seule évocation de la vie qu’elle se commémorait devant moi, une pinte de bitter à la main, attentif aux moindres détails de son récit, malgré l’ivresse naissante, et surtout concentré sur le mouvement angélique de ses lèvres, qui décrochaient un sourire enivrant au moindre mot, même le plus banal.

La subite envie de lui saisir la main, de lui dire shush, de sortir de la salle, en plein milieu du buffet indien insipide, s’envoler d’Heathrow, l’emmener là bas pour visiter avec elle le village de son enfance, au qui nom qui s’oubliait.

Et quand je parlais à mon tour, ébahi par tant de beauté si parfaitement agencée, tentant de dissimuler mon émois derrière une diction claire, un vocable riche, elle m’écoutait en perdurant dans la séduction inconsciente. Son regard, plongé dans mes yeux affolés, acquiesçait imperceptiblement par de prestes mouvements de paupières coquines.

A la regarder, mon discours semblait captivant, comme si j’alignais des propos saisissants, alors qu’encore aujourd’hui, je n’avais aucune idée de ce que j’avais bien pu lui raconter ce jour là.

Et puis cette paire de jambe, longue, robuste, fine et galbée. Des mollets d’une rondeur attachante et d’une fermeté excitante. Je me souvenais parfaitement d’avoir eu envie de croquer dedans comme je dévorais, quand j’étais gamin, les cuisses de grenouilles à la persillade préparées par mon père.